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Suivi des blessures en club amateur : la fiche à 5 champs qui suffit

Suivi blessures club amateur : la fiche terrain à 5 champs (joueur, zone, date, type, durée prévue) pour repérer les patterns dans ton effectif.

Ton latéral droit s’est arrêté au bout de 20 minutes samedi, mollet. Ton 9 a repris lundi en boitant. Ton gardien te dit que son dos « bloque » depuis 3 matchs. Tu te souviens vaguement que ton milieu axial a eu la cheville tordue en octobre, et que ta recrue a été arrêtée 6 semaines en décembre. Mais tu n’as rien de noté. Et en mars, quand ton pic de blessures arrive, tu ne sais pas dire pourquoi.

Le problème n’est pas que tes joueurs se blessent — ça, c’est le sport. Le problème, c’est que tu n’as aucune mémoire collective de ce qui s’est passé. Et sans mémoire, tu ne peux pas identifier les patterns : est-ce que c’est toujours le même type de profil ? Toujours la même période ? Toujours la même zone du corps ? Est-ce que ton préparateur physique a changé quelque chose en décembre ? Est-ce que tu as monté les charges trop vite en février ?

La solution tient en 5 champs par blessure. Pas 25. Pas un tableur à 12 colonnes. Cinq. Sur une feuille A4, dans ton sac de sport. L’idée, c’est que tu la remplisses à chaque fois, en 30 secondes, le jour même. Sinon, tu ne la rempliras pas.

1. Les 5 champs (et pas un de plus)

Champ 1 — Joueur : nom + prénom + catégorie + poste. Pas besoin de date de naissance, pas besoin de poids, pas besoin de taille. Si tu fais de l’individuel, tu y reviendras plus tard. Pour l’instant, le minimum vital.

Champ 2 — Zone anatomique : cuisse, mollet, ischio, adducteur, genou (sans préciser LCA/Ménisque tant que t’as pas l’IRM), cheville, pied, bas du dos, épaule, autre. Une seule zone. Si le joueur a mal à 3 endroits, c’est 3 fiches.

Champ 3 — Date d’apparition : pas la date du diagnostic. La date où le joueur a senti le problème pour la première fois. Cette nuance est importante : un joueur qui se tord la cheville un mardi à l’entraînement et consulte le kiné le vendredi suivant, c’est une blessure du mardi, pas du vendredi. Le « jour zéro » est ce qui te permet de calculer la durée d’arrêt réelle.

Champ 4 — Type : 4 choix possibles, pas 15.

Champ 5 — Durée prévue d’arrêt : pas la durée réelle (tu l’ajoutes quand le joueur reprend). Une estimation au jour zéro, en jours ou en semaines. « 0 jour » (boiterie qui passe en 24h, pas de consultation), « 3-7 jours » (contracture simple), « 2-3 semaines » (entorse légère, élongation), « 1-3 mois » (entorse grave, fracture de fatigue, lésion musculaire importante), « 3 mois+ » (LCA, fracture, chirurgie).

C’est tout. 5 champs. 30 secondes par blessure. Sur une feuille A4, tu peux tenir une saison complète pour un effectif de 20-25 joueurs.

2. Pourquoi 5 et pas 25

J’ai vu des clubs amateurs essayer de monter des tableurs à 20 colonnes : échelle de douleur, code ICD-10, IRM, traitement, kiné consulté, etc. Résultat : ils ont rempli 3 fiches en septembre, puis plus rien jusqu’en mai. La friction de la saisie a tué l’usage.

Les 5 champs couvrent 90 % de l’information utile pour un coach amateur :

Si tu veux aller plus loin un jour, tu ajouteras la charge RPE de la semaine précédente (pour corréler pic de charge et blessure), ou le numéro de la séance dans la semaine. Mais ce sont des champs optionnels, et seulement quand la fiche à 5 champs est devenue un réflexe pour toi.

Règle d’or : ne complique jamais ton système de suivi. La simplicité est ce qui te fait l’utiliser. La complexité est ce qui te fait l’abandonner en octobre.

3. Le format terrain : la feuille A4 plastifiée

Format recommandé :

| Date      | Joueur         | Zone       | Type      | Durée prévue |
|-----------|----------------|------------|-----------|--------------|
| 12/10/2025 | Thomas Dupont  | Mollet D   | Surcharge | 3-7 jours    |
| 18/10/2025 | Mehdi Ben     | Cheville G | Traumatique | 2-3 semaines |
| 03/11/2025 | Lucas Martin  | Ischio D   | Surcharge | 1-3 mois     |

Trois conseils pratiques :

Variante numérique : si tu préfères le téléphone, un simple Google Sheet partagé avec ton staff suffit. Pas besoin d’appli dédiée, pas besoin de système compliqué. Une feuille de calcul, 5 colonnes, 1 ligne par blessure. L’avantage du numérique : tu peux filtrer par joueur, par zone, par type. L’inconvénient : il faut avoir son téléphone à portée de main en bord de touche (pas idéal).

4. Comment remplir en 30 secondes

Le moment le plus simple, c’est le mardi soir suivant le match, quand tu fais ton débrief hebdomadaire. Tu reprends ton match de samedi :

  1. Tu parcours mentalement tes joueurs. Qui a boité ? Qui s’est plaint ? Qui a demandé un changement ? Tu relis ton téléphone si tu as reçu des messages dans la semaine (« coach, j’ai mal au mollet depuis samedi »).
  2. Pour chaque pépin, tu complètes la fiche. Une ligne. 30 secondes.
  3. Si tu as un doute sur la durée prévue, tu mets « à confirmer » et tu reviens dessus quand le joueur te donne des nouvelles.

Cas pratique : samedi 8 février, match à l’extérieur, défaite 2-1. Ton latéral droit (Mehdi, 28 ans) sort à la 65e minute, mollet droit. Lundi matin, il t’envoie un message : « coach, ça va un peu mieux mais je boite encore ». Tu complètes la fiche le mardi soir :

Temps de saisie : 25 secondes. Tu viens de poser une donnée exploitable.

5. Ce que tu vas voir apparaître en 3-4 mois

Après 12-15 fiches, tu vas commencer à voir des choses. Pas besoin d’être statisticien, pas besoin de statisticien. Juste d’avoir l’œil.

Pattern 1 — Même période, même zone : entre janvier et mars, tu notes 4 blessures au mollet. C’est un signal. Soit ta charge monte trop vite en reprise (cf. ACWR), soit ton terrain synthétique est plus dur que tu ne le penses, soit tes mollets sont sous-préparés en début d’année. Tu agis en conséquence : tu baisses le volume de janvier, tu rajoutes un atelier PPC mollet en décembre, tu vérifies l’état du terrain.

Pattern 2 — Même joueur, plusieurs zones : ton 9 a une élongation aux ischios en septembre, une tendinite au genou en décembre, une lombalgie en mars. C’est un signal d’alerte majeur. Ton joueur dort mal, il a un problème hors terrain, ou tu le surcharges parce qu’il est trop bon pour que tu le ménages. Tu prends rendez-vous avec lui, pas avec le kiné.

Pattern 3 — Beaucoup de récidives : tu as 3 récidives de cheville sur la saison. C’est un signal que ta reprise post-blessure est mal gérée. Tu manques de protocole de retour, ou tu fais reprendre trop tôt. Tu te fais conseiller par un kiné ou un préparateur, et tu mets en place un minimum de 3 séances de reprise avant réintégration collective.

Pattern 4 — Beaucoup de blessures de surcharge en début de cycle : tu reprends fin août avec 3 séances dures, et tu notes 4 lésions musculaires en septembre. Ton bloc de préparation est trop agressif. C’est exactement le piège classique du coach amateur, et c’est une des raisons pour lesquelles on parle de pic de blessures en mars — quand on monte trop vite en août, on paye l’addition trois mois plus tard.

6. Ce que la fiche ne remplace pas

Soyons clairs : la fiche à 5 champs n’est pas un outil médical. Elle ne pose pas de diagnostic, elle ne remplace pas un kiné, un médecin, ou un ostéo. Ce qu’elle fait :

Ce qu’elle ne fait pas :

7. Routine recommandée pour un club amateur

Pour un club amateur avec 1 coach + 1 adjoint + 1 kiné (ou un parent kiné), je recommande :

  1. Chaque mardi soir (20 min) : tu parcours les pépins du week-end et de la semaine, tu complètes les fiches. Tu mets à jour les durées prévues si tu as des nouvelles.
  2. Chaque fin de mois (30 min) : tu reportes les fiches sur ton fichier central (Excel ou Google Sheet), tu tries par zone et par type, tu regardes si un pattern émerge.
  3. Chaque fin de saison (1h) : tu fais le bilan annuel. Combien de blessures ? Quelle zone la plus touchée ? Quel poste ? Quel mois ? Tu ajustes ta planification de la saison suivante en fonction.

Le tout prend 1h30 par mois pour un effectif de 20-25 joueurs. C’est un investissement dérisoire par rapport au temps que tu perds quand 4 joueurs sont arrêtés en même temps en mars, et que tu te demandes pourquoi.

8. Les erreurs classiques

Pour aller plus loin

Une fois que ta fiche à 5 champs tourne depuis 3-4 mois, tu peux passer au calcul de l’ACWR (Acute Chronic Workload Ratio) — c’est la méthode pour corréler ta charge d’entraînement et tes blessures, et comprendre pourquoi le pic de mars arrive (on en parle dans cet article). Et si tu veux mettre en place le suivi de charge par joueur pour anticiper les pépins de surcharge, comment calculer la charge avec le RPE est la brique d’avant. Pour le cadre saisonnier qui limite les pics de charge blessants chez les U15-U17, regarde le programme 32 semaines.

Source : la méthodologie de registre de blessures en club amateur est dérivée des travaux de Bahr R. et al. (International Olympic Committee consensus statement on injury recording in sport, 2018) et de Fuller C.W. (consensus sur les définitions de blessures dans le football, 2006). L’approche « fiche à 5 champs » est une simplification opérationnelle validée sur le terrain avec une dizaine de clubs amateurs belges et français entre 2022 et 2025.

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